Journal des débats |
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Politiques et littéraires Naufrage de la Méduse Nous avons, dans notre Feuille du 11 courant, donné connoissance à nos lecteurs du fatal naufrage de la frégate La Méduse, arrivé le 2 juillet dernier, à la vue du Cap-Blanc. Voici des nouveaux renseignemens sur cet événement aussi sinistre qu’inexplicable, et qui nous arrive d’une source non suspecte; c’est un témoin oculaire, c’est un des acteurs de cette scène de douleur et d’effroi qui va parler lui-même: nous craindrions d’affoiblir l’effet de son récit en le dénaturant: nous ne ferons que l’abréger, en supprimant quelques détails qui tiennent plus l’art nautique qu’à l’historique même du naufrage.” “Pendant cette nuit, un grand nombre de nos passagers qui n’avoient pas le pied marin, tomboient les uns sur les autres; enfin, après dix heures de souffrances les plus cruelles, le jour arriva. Quel spectacle s’offrit à nos régards! Dix ou douze malheureux ayant les extrémités inférieures engagées dans les séparations que laissoient entr’elles les pièces du radeau, n’avoient pu se dégager, et y avoient perdu la vie. Plusieurs autres avoient été enlevés du radeau par la violence de la mer, en sorte qu’au matin nous étions déjà vingt de moins.” (...) “L’habitude de voir la mort prête à fondre sur nous, le désespoir, la certitude de notre perte infaillible sans ce fatal expédient, tout, en un mot, avoit endurci nos cœurs devenus insensibles à tout autre sentiment qu’à celui de notre conservation.”
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